Foin humide - LE FOIN TRAITE À L’ACIDE PROPIONIQUE
Version imprimableLe traitement du foin avec de l'acide propionique permet de récolter un foin précoce à 70% de matière sèche sans avoir recours à de l'enrubannage. C’est un mode de récolte et de conservation particulièrement efficace, économe en temps de travail et en énergie. Le foin séché à l’acide propionique permet d’obtenir un foin de très bonne valeur alimentaire comparable au foin séché en grange. La valeur protéinique de ce foin est largement supérieure à du foin séché au sol.
Comment ça marche?
Le kit applicateur d’acide propionique se compose d’une cuve de 50 à 200l monté sur la presse ou à l’avant du tracteur. Il est relié à une rampe de pulvérisation qui distribue le produit sur le foin au fur et à mesure du conditionnement.
Des capteurs reliés à un boîtier électronique donne en temps réel le taux d’humidité du foin. Ce boîtier électronique situé dans la cabine du tracteur commande la pompe d’injection du produit qui
selon son degré de perfectionnement permet de doser avec plus ou moins de précision le produit en fonction du taux d’humidité et de la quantité de foin.

L’acide tamponné à PH 6 pour éviter tout risque de corrosion est un produit naturellement présent dans l’estomac des ruminants. Il est homologué en agriculture biologique. Son action empêche le développement des bactéries et moisissures. Il permet au foin de continuer à sécher à l’abri et améliore sa digestibilité et son appétence. La dose de produit dépend du taux d’humidité du foin entre 4 et 10 l par tonne de foin.
Les étapes
1. L’herbe est fauchée puis préfanée au champs pendant 24-48h afin d’atteindre un taux de matière sèche compris entre 65et 80%.
2. L’herbe est récoltée en presse moyenne ou haute densité.
3. Comme il important de respecter les 70 % de MS, l'éleveur bottelle une première botte dans un endroit de la parcelle où le foin semble le moins sec (par ex. sous une haie).
4. A l'aide d'une sonde hygrométrique, il mesure l'humidité du foin. Si le taux de MS est d'au moins 70%, il presse le reste de la parcelle, sinon il retarde le pressage.
5. Le fourrage est entreposé dans un hangar fermé sur trois côtés.
6. A noter que le foin ne peut être empilé sous une bâche car il continue de perdre de l’humidité. Pour les mêmes raisons il ne faut jamais mettre du foin sec sur du foin humide car l’évaporation risque d’altérer
le fourrage sec.
7. Une fois le foin sec, le foin reste le plus souvent stocké dans la grange. Il est repris l’hiver avec la griffe et distribué l’hiver aux animaux.
Avantages/intérêts du foin traité à l’acide propionique
La qualité du fourrage
- Fourrage d’une qualité homogène tout au long de l’année.
- Moindre recours aux compléments alimentaires.
- Diminution des frais vétérinaires car les animaux sont en bonne santé.
- Pertes en matière sèche par dégradation organique limitées.
- Fourrage appétant : séché à l’ombre, il conserve vitamines et couleur (jusqu’à 18-20kg/jour pour les vaches laitières en lactation ; 3.5-4kg/jour pour les brebis laitières).
- Absence de moisissures ce qui évite le maladies respiratoires chez l’homme et les animaux et, sécurise le lait et les filières fromagères au lait cru de tout risque de contamination.
- Récolte au stade végétatif optimal : cette technique permet de faucher plus tôt la première coupe, au moment ou le fourrage atteint le stade optimal de valeur alimentaire (pendant la montaison, une dizaine de jours avant épiaison pour les graminées ; au stade bourgeonnement pour les légumineuses). Le séchage en grange permet de récolter l’herbe au même stade que pour l’ensilage et permet d’obtenir un aliment aussi riche mais, beaucoup plus diététique et mieux adapté à la panse des animaux sans pertes dues à la conservation de l’ensilage.
- Cette technique permet de ramasser l’herbe à (65-80% MS), limitant les pertes de feuilles au champs ( luzerne, légumineuses).
Sécurité
- Fauche au stade optimal situé très souvent pendant des périodes de précipitations fréquentes : il n’est pas toujours facile de trouver 4-5 jours sans pluies pour sécher le foin correctement ! Après 48h au sol, le foin est rentré ce qui affranchit en grande partie des contraintes météo.
Amélioration des prairies
La technique du foin humide permet une fauche précoce et multiple, ce qui favorise :
- Le développement naturel des légumineuses : 25 à 30% de flore de plus en quelques années, avec pour conséquence heureuse, la réduction voire la suppression des apports d’engrais minéraux.
- Des repousses plus abondantes : en avançant la date de fenaison de 15 jours et en gagnant 1-2 jours sur le séchage au champs, il est possible de gagner 17-18 jours de repousses. Les repousses de mai-juin sont plus rapides et plus riches qu’en été et il est possible de gagner une coupe supplémentaire ou un pâturage.
- Le développement des graminées à feuilles larges (RGA, dactyle, fétuque,…).
- La régression, voire l’anéantissement des plantes adventices telles les chardons, rumex, renoncules,…. Le recours au désherbage chimique n’est souvent plus nécessaire.
Par ailleurs, cette technique améliore la pérennité des prairies et diminue les coûts des travaux car le nombre de passage au champs est moins important ce qui limite les risques de compaction, destruction du couvert, ...
L’autonomie des exploitations
- Économies d’aliments : moindre recours aux compléments alimentaires car la ration fourragère est équilibrée et très riche en protéine (attention, risque de mammite si on complète la ration avec des tourteaux). Pour les animaux plus productifs, on peut éventuellement compléter avec des aliments riches en glucide (céréales, farines) produites, quand c’est possible, sur l’exploitation. Le foin équilibre sans autre complément la ration alimentaire d’une vache laitière produisant 5000 litres de lait par an.
- Utilisation moindre des tracteurs pour la récolte, d’où une économie de fioul.
Gain de temps dans l’organisation du travail
- Amélioration des conditions de travail et de la pénibilité.
- Adapté au travail d’un seul homme.
- Valorisation de toutes les parcelles (petites, éloignées) et de toutes les productions fourragères (graminées, légumineuses).
- Temps de travail réduit de moitié au moins par rapport au séchage en champs réalisé dans de bonnes conditions météo.
- La récolte est facilité ce qui permet de gérer des chantiers plus important.
Environnement
- Moins de déchets (films, ficelles, bâches plastiques, pneus).
- Moins de nuisances : suppression de rejets polluants (jus d’ensilage, odeurs nauséabondes).
- Utilisation limitées des intrants (moins de carburant, engrais, pesticides,…) atténuant les risques de pollutions de l’eau, du sol et de l’air;
- L’acide propionique est présent naturellement dans l’estomac des ruminants.
- Le produit est tamponné à PH 6 il n’est pas corrosif et est agrée en agriculture biologique.
Les coûts et intérêts économiques
- Le matériel coûte entre 1500 à 4700€ HT selon son degré de perfectionnement.
- Le matériel de base se compose d’une rampe, pompe, injecteurs, tuyaux, sonde hygrométrique,…).
- Il est monté sur la presse ou à l’avant du tracteur et s’adapte à tous types de presse.
- L'acide coûte 2,40 à 2,70 € HT / L
- Il s’utilise à la dose de 6 à 10 L/ T de foin.
Outre la sécurisation du système de récolte des fourrages l’acide propionique se caractérise par un investissement faible et un côut de fonctionnement peu élevé comparé aux autres systèmes de récolte et de conservation des fourrages.
Caractéristiques du produit
- L’acide citrique aide à maintenir naturellement l’arôme et la couleur du foin.
- L’acide propionique est chimiquement tamponné; il est délicat pour l’équipement et l’environnement.
- L’acide tamponné accomplit tout ce que l’acide propionique pur fera, ceci sans corrosion ou danger.
- À un pH de 6,0, il est autant neutralisé que l’eau de pluie.
Le GAEC de la Rose des Vents d’Égliseneuve (63)
- 4 UTH
- SAU = 100 ha de prairies permanentes.
- 100 UGB bovins
- 85 vaches adultes produises 370 000 litre / an soit 6500 litre / vache.
- 268 000 l sont transformés en St Nectaire fermier.
- 100 000 l sont vendues à la laiterie.
- Altitude 800 à 1000 m
Le climat de la zone du Saint-Nectaire est assez difficile et les précipitations abondantes (1300 mm par an). Le climat froid en hiver permet une importante poussée herbagère durant l’été.
Témoignages des associés du GAEC
Avec la modification du cahier des charges de l’AOC St Nectaire et l’interdiction de l’ensilage d’herbe nous avons fait une étude pour l’installation d’un séchage en grange mais c’était trop onéreux. D’où l’idée du foin humide. Une étude réalisée par des étudiants de l’ENITA de Clermont Ferrand et la visite chez un agriculteur d’une commune voisine qui utilise ce système depuis deux ans nous a convaincu.
L’investissement n’est pas très onéreux . Surtout il nous permet de s’affranchir des conditions climatiques. L’acide propionique nous permet de récolter un foin plus jeune, plus riche . La digestibilité et l’appétence sont améliorer. Les analyses ont démontré un taux de protéine supérieur de 30 % à du foin séché au sol. Le tourteau de soja a été supprimé des rations et remplacé par de la pulpe de betterave. Le concentré de production reste inchangé. La production permise par les nouvelles rations est identique et s’établit à 6 300 l. L’étude a permit de démontrer que le coût de la ration à base de foin regain traité à l’acide propionique équivaut dans notre cas à une ration à base d’ensilage. Mais nous avons énormément gagné en confort de travail car on est plus obligé de sortir dehors pour chercher l’ensilage. Nous mettons les boules dans la stabulation une fois par semaine. La distribution est facilité. Pour la récolte des fourrages c’est pareil on peut organiser de gros chantiers et nous travaillons en totale autonomie.
Plus besoin d’aller chez les uns, les autres pour l’ensilage. La revente des parts sociales de la CUMA nous a permit de nous équiper.
Marcel Mariscot St Etienne de Baigorri
- 1,5 UTH
- SAU = 16 ha de prairies (temporaires ou permanentes).
- 16 UGB bovins
- 300 Manex tête rousse dont 260 brebis à la traite. 40 000 litre / an, 163 litre / brebis
Monte naturelle, agnelage
Témoignages
J’ai installé ce système en juillet 2008 et j’ai pu apprécier son efficacité.
En montagne le temps change vite, j’avais du regain sec que j’ai commencé à round baller mais à 18 h le temps à tourné et l’appareil c’est mis à biper en me signalant un taux d’humidité du fourrage supérieur à 20 %. J’ai activé le système et mon regain c’est parfaitement conservé sans moisissures ni échauffement malgré un taux d’humidité qui est monté jusqu’à 30 %.
Si je n’avais pas eu l’applicateur mon regain aurait chauffé en grange avec un risque d’incendie ou alors j’aurais été obligé de l’enrubanner.
Les objectifs et les résultats :
- Valoriser au maximum les surfaces de l’exploitation en faisant le plus de foin possible ; grâce à cette technique 3 coupes sont désormais possibles, ceci revient à récolter l’équivalent de 16 ha.
- Les brebis consomment moins de foin (foin de meilleur qualité?) tout en restant aussi productives, les chantiers de récolte allégés permettent de moins passer sur les prairies donc de moins les abîmer.
- Grâce à l’installation il est prévu de développer des prairies à haute valeur ajoutée type luzerne/dactyle (essai de 0.75ha) et trèfle/dactyle. Chantiers de récolte très allégés.
- Baisse très importante de l’achat de concentrés et limitation des apports azotés.
- Qualité du foin récolté, par exemple : foin à 0.88 UFL, 137 PDIN, 111PDIE.
- Évite de démarrer le tracteur chaque jour, comme avec l'ensilage.
- Il n'y a pas de plastique à gérer comme l'enrubannage.
- La distribution étant très simple, le remplacement de l'éleveur pour cette tâche est très facile.
- L’investissement est très réduit
- Il sécurise la récolte en évitant échauffement et moisissures