La campagne 2006-2007 a été moins prometteuse que prévue à cause des conditions climatiques du printemps.
Toutefois, de premiers enseignements peuvent être tirés de la saison passée. Ils se retrouvent dans cette deuxième édition.
La production de colza en Pays Basque est une nouveauté. Elle s’est faite sous l’impulsion du développement des agro-carburants et entre dans le programme d’expérimentation de Laborantza Ganbara pour produire huile-carburant et tourteau pour l’alimentation animale sur la ferme. L’huile végétale pure et le tourteau sont obtenus par extraction mécanique de cultures oléagineuses, principalement le colza et le tournesol en France. L’huile peut être employée en tant que combustible dans les chaudières ou en tant que carburant dans les moteurs Diesel. Le tourteau, riche en protéine, est valorisé en alimentation
animale.
La production d’Huile et de Tourteau à la ferme renforce l’autonomie énergétique et protéique de l’exploitation. C’est la production qui présente le meilleur rendement énergétique et le bilan gaz à effet de serre le moins polluant parmi les autres carburants ou agro-carburants.
Produire des agro-carburants coûte de l’énergie : 2/3 pour la culture, 1/3 pour la fabrication. L’énergie dépensée pour la culture provient en grande partie des intrants. Il faut donc limiter leur utilisation, valoriser les engrais de ferme et mener la culture de façon économe! La culture du colza est réputée exigeante. La mener de façon économe, c’est par exemple ne pas lui apporter plus que ce dont elle a besoin et valoriser au maximum les richesses que nous avons chez nous avec les engrais de ferme.
Vous avez le choix entre des variétés CHL (hybrique) tel corail ou des variétés lignées tel Campala ou Es Astrid que vous pouvez ressemer. La première année d’expérience a démontré que le climat humide et doux du Pays Basque nécessite de choisir des variétés très peu sensibles aux maladies, en particulier au sclérotinia et au phoma. En outre, il est préférable de se diriger vers des variétés peu sensibles à l’élongation et de préférence pas trop hautes pour éviter la verse.
Aujourd’hui en Pays Basque, nous avons la chance de ne pas avoir de précédent sur cette culture. Les risques sanitaires peuvent donc paraître faible, en particulier pour les ravageurs. Cependant notre climat humide peut favoriser l’apparition de maladies fongiques. La rotation des cultures permet de contrôler les adventices et limiter la pression des ravageurs et des maladies. Pratiquer la rotation, c’est s’assurer
des parcelles en bon état sanitaire.
LES SOLS EN PAYS BASQUE
Les sols en Pays Basque ne sont pas argilolimoneux mais essentiellement limoneux à limoneux faiblement argileux. Une plus faible proportion présente des sols limoneux argileux. Les terres limoneuses ont la spécificité de se tasser facilement en surface ce qui nécessite de les travailler peu de temps avant le semis. Par ailleurs, les limons ont une capacité de fixation des éléments très faible. Ainsi les excès de matière fertilisante sont inutiles car ils ne sont pas retenus par le sol et sont immédiatement lessivés. Il faut donc apporter juste ce qui est nécessaire et par doses fragmentées en fertilisation minérale (2-3 apports).
Nos sols sont très riches en aluminium géologique, d’où un pH acide du sol. Cet aluminium est toxique à forte dose, c’est pourquoi par exemple les nodosités des légumineuses ont du mal à se développer.
Si le pH de votre parcelle est acide, chaulez pour maîtriser l’aluminium et augmenter le pH.
La situation en Soule est différente car elle présente des sols à géologie calcaire, héritage de la chaîne pyrénéenne. Toutefois, de nombreuses terres ont été ou sont encore des terres à fougeraie.
La fougeraie a un effet acidifiant. Il faut donc aussi vérifier son pH.
LABOURER, OUI! TOUT LE TEMPS, NON! Une partie des problèmes sanitaires en Pays Basque provient d’un travail profond du sol trop fréquent. Un mauvais labour favorise les nids de ponte et le développement des taupins. En outre, la matière organique qui est retournée se décompose en milieu anaérobie. Ce milieu favorise :
- L’asphyxie des racines des nouvelles cultures lorsqu’elles atteignent la couche en putréfaction : la racine pourrit.
- Le phénomène de terre creuse : la matière qui s’est décomposée a laissé un vide. Quand la racine atteint ce vide, elle n’est plus en contact avec le sol et ne peut plus s’alimenter. La plante flétrit et meurt.
Il ne faut pas proscrire le labour mais l’utiliser à bon escient. Il s’avère nécessaire après une culture qui a laissé le sol très sale. Souvent un labour tous les 2-3 ans est amplement suffisant!
La réussite de la levée dépend de la combinaison de plusieurs facteurs : la préparation du sol, les conditions de semis et de travail du sol, le climat les jours suivant le semis et la présence ou non de ravageurs ; Vous ne pouvez pas contrôler tous ces facteurs mais éviter de semer dans de mauvaises conditions... car les résultats sont souvent décevant!!!
Après une céréale, l’idéal est de travailler directement le sol et de pratiquer le faux semis en juil-août. Cette technique permet grâce aux pluies estivales de faire sortir les adventices. Juste avant le vrai semis, il suffit d’effectuer un travail superficiel du sol.
ELIMINER LES ADVENTICES !
Des expériences ont montré qu’il est possible de retrouver et/ou conserver une parcelle propre en utilisant certaines pratiques :
- Casser le cycle des adventices en alternant culture d’hiver et culture d’été.
- Pratiquer la rotation des cultures.
- Pratiquer 1 ou plusieurs faux semis : préparer le sol comme pour semer, puis laisser les adventices sortir. Au stade plantule, les éliminer par un travail mécanique. L’opération peut être renouvelée plusieurs fois.
- Pratiquer le désherbage mécanique.
Réussir son désherbage, c’est maîtriser et tolérer la présence d’adventices qui ne gênent pas la culture en place !
Le colza est une plante très couvrante. L’année passée a montré que sur un semis réussi et réalisé assez tôt, on peut se passer de désherber quand la parcelle n’est initialement pas trop sale.
Le colza est réputé gourmand en azote. En automne au Pays Basque, le sol est bien réchauffé et fonctionne à l’optimal. Il minéralise suffisamment et libère l’azote nécessaire à l’implantation de la culture. Le colza en a donc besoin essentiellement à la reprise de végétation, vers février.
Reconnaître un sol perturbé ! Creuser sur 20 cm. Si le sol ne sent pas bon (putréfaction), c’est que le cycle de l’azote est perturbé.
Le colza est plus sensible aux maladies si la rotation n’est pas respectée et s’il est trop nourrit en azote.
Le colza a un cycle long. Il a donc de nombreux « ennemis ». Il faut le surveiller!
Protégez les abeilles !
L’imidaclopride (Gaucho) et le fipronil (Régent), ont été interdits pour certaines cultures. Toutefois, de nouvelles matières actives tueuses d’abeilles tentent de percer le marché telles la clothianidine (nom commercial : Poncho) et le Thiamétoxam (nom commercial : Cruiser). N’utilisez pas ces produits ! Certaines pratiques nocives aux abeilles sont à proscrire :
• Il est interdit de traiter en floraison, période de pollinisation.
• Certains insecticides ou fongicides inoffensifs si employés purs, deviennent toxiques en mélange. Renseignez-vous.
• Évitez l’emploi des insecticides systémiques, particulièrement nocifs pour les abeilles. Préférez les microgranulés.
Vos collègues apiculteurs vivent du travail des abeilles, attention à vos pratiques !
Vaincre Taupins et Scuttigerelles !
Quelques causes de leur présence : tassement du sol, excès de matières organiques ligneuses et coriaces, excès d'humidité et la difficulté de circulation de l'eau.
Comment lutter?
♦ Évitez les plantes sensibles dans les 2 années qui suivent le retournement d’une prairie.
♦ Favorisez des cultures non hôtes de ses ravageurs (ex. luzerne) dans la rotation.
♦ Pratiquez binage, sarclage : évite les sols tassés et les oeufs remontés à la surface sèchent.
♦ Évitez labour sur labour, préférez décompacter.
♦ Évitez les accumulations de matières organiques (MO) dans le sol : gérer les quantités, éviter les apports massifs et, ne pas enfouir en profondeur la MO lors du labour (toxique pour les racines et réservoir alimentaire pour les ravageurs).
♦ En préventif ou curatif, sur sol humide obligatoire pulvérisez dans la ligne de semis 200l/ha d’une solution diluée à 10% de purins de fougères (Dryopteris filixmas) : 20l de purins de fougères pour 180l d’eau non chloré (l’eau du robinet tue le produit!). ou, apporter 100kg/ha de sel dans la ligne de semis. ou, épandre 2-3 semaines avant le semis 2t/ha tourteau de ricin mélangé avec 2t/ha de Nématorg. Attention, le tourteau de ricin est fertilisant (5% N).
Récolter plutôt le matin quand les siliques et les graines sont légèrement plus humides afin de diminuer les pertes au sol par égrenage.
• Récolter vers 10-11% d’humidité.
• L’idéal est d’équiper la moissonneuse batteuse d’une barre de coupe avancée colza et d’une barre de coupe verticale sur le diviseur intérieur : gain de 4-5 q/ha. Au moins un entrepreneur est équipé de ce type de matériel à proximité.
• Ventiler ou sécher les graines pour faire tomber l’humidité à 7%.
• Si la récolte est sale, utiliser un séparateur pour la trier.
DES SIGNES À RECONNAÎTRE !
• Le colza devient violet pendant l’hiver : il a faim d’azote ! Ce dernier lui sera apporté par les engrais de ferme lorsque le sol se réchauffera ou les engrais minéraux apportés à la reprise de végétation. Donc, pas de panique !
• S’il devient très foncé en hiver, c’est qu’il a formé une cuticule pour se protéger du froid ! Il est très résistant au froid.