La plante est essentiellement constituée d’eau, de carbone, d’oxygène d’hydrogène et d’azote. À part l’eau, ces 4 éléments ne sont pas prélevés dans le sol : ils sont absorbés dans l’air grâce au processus de respiration. Donc, la plante construit sa matière, son rendement, sans aucun lien avec le sol sinon celui de la disponibilité en eau.
Les 28 autres éléments dont la plante a besoin sont prélevés dans le sol. La plante en a besoin pour s’épanouir mais en des quantités parfois infimes. Ils représentent à peine 2 à 5 % du poids sec. Leur rôle est parfois mal connu.
6 éléments sont directement prélevés : potassium, chlore, sodium, lithium, rubidium, césium. Ils ne passent pas par les cycles microbiens. Ils sont empruntés au sol et restitués en fin de cycle (après la floraison). Ce sont les seuls éléments prélevés à l’état minéral.
Les autres sont tous constitutifs (création de matière vivante) : phosphore, calcium, magnésium, fer, bore, cuivre, zinc…ils ne sont pas assimilables tels que, ce sont les microbes du sol qui les rendent assimilables pour la plante ; par ex, le phosphore est transformé en phosphate, le soufre en sulfate, l’azote en nitrate…
Ce n’est pas de 3 éléments dont la plante a besoin (NPK) mais de 32 !
Alimenter la plante en éléments minéraux et penser que ça suffit est une aberration puisqu’elle ne prélève quasiment aucun élément sous forme minérale. Les minéraux sont d’abord transformés par les microbes du sol pour être assimilés. Le sol donne par ses oligo-éléments sa typicité, son lien au terroir.
Fertiliser les micro-organismes : c’est leur apporter de la matière fraîche (engrais verts, engrais de ferme riches en azote minéral) pour leurs propres besoins, de la matière organisée (humus) qu’ils auront tout loisir de ré-organiser et rendre assimilable
pour la plante. C’est aussi favoriser les rotations pour stimuler les échanges entre eux, brasser les horizons, créer de la diversité…
Fertiliser le sol : ça revient à favoriser les échanges solplante, en changeant la dimension des particules (complexe argilo-humique) ou en favorisant leur interaction. Les 32 éléments dont la plante a besoin sont généralement largement présents, l’enjeu c’est de les rendre disponibles et transportables (chaulage, marnage, favoriser la circulation de l’eau).
Pour ce faire, les engrais de ferme sont de très bons amendements.
Une expérimentation menée par Laborantza Ganbara dans 18 fermes du Pays Basque en 2006 a permis de mesurer l’état de nutrition des prairies :
Dans toutes les prairies testées, les plantes sont « saturées » en phosphore et potasse. On est parfois dans des situations de déséquilibre gênant pour la plante elle-même.
La complexité de la gestion de l’azote a été bien mise en évidence. En majorité, les prairies présentent une situation de « carence » en azote. Ceci ne veut pas dire qu’il manque de l’azote dans le sol (et donc qu’il faut en ajouter), mais traduit seulement le fait que les échanges entre le sol et la plante sont perturbés, soit par des situations de déséquilibre (trop d’apports) ou des conduites néfastes (sur-chargement,prairies qui ne se reposent jamais), soit par des éléments qu’on ne maîtrise pas ou qu’on ne comprend pas bien. Le travail des micro-organismes est certainement la clef de la problématique de l’azote (en témoigne la difficulté à faire tenir les nodosités des légumineuses).